“idôlatrie de la créature”
Non seulement la vie monastique est à ses yeux entièrement
dépourvue de valeur en tant que moyen de se justifier devant Dieu, mais encore elle soustrait
l’homme aux devoirs de ce monde et apparaît ainsi à Luther comme le produit de l’égoïsme et
de la sécheresse du cœur. À l’opposé, l’accomplissement dans le monde de la besogne
professionnelle est pour lui l’expression extérieure de l’amour du prochain, ce qu’il justifie
par cette observation que la division du travail contraint chaque individu à travailler pour les
autres. L’extrême naïveté de ce point de vue contraste d’une manière presque caricaturale
avec les propositions bien connues d’Adam Smith 1 sur le même sujet. Mais cette justifica-
tion, on le voit essentiellement scolastique, disparaîtra elle-même bientôt; elle fera place à
l’affirmation, répétée avec une énergie croissante, qu’en toutes circonstances l’accomplisse-
ment des devoirs temporels est la seule manière de vivre qui plaise à Dieu. L’accomplis-
sement de ces devoirs, et lui seul, est la volonté de Dieu, et par conséquent tous les métiers
licites ont absolument même valeur devant Dieu 2.
Nul ne sait encore qui, à l’avenir, habitera la cage, ni si, à la fin de ce processus gigantes-
que, apparaîtront des prophètes entièrement nouveaux, ou bien une puissante renaissance des
pensers et des idéaux anciens, ou encore - au cas où rien de cela n’arriverait - une pétrifica-
tion mécanique, agrémentée d’une sorte de vanité convulsive. En tout cas, pour les «derniers
hommes » de ce développement de la civilisation, ces mots pourraient se tourner en vérité -
« Spécialistes sans vision et voluptueux sans cœur - ce néant s’imagine avoir gravi un degré
de l’humanité jamais atteint jusque-là. »
Karl Emil Maximilian Weber
l’éthique protestante (et principalement la traduction de la Bible par Luther, qui traduit le mot latin de travail, non pas par Arbeit, i.e. « travail », mais par Beruf, I.e « métier ») a conditionné dans une certaine mesure l’esprit du capitalisme ; autrement dit, que si l’on recherche la généalogie de l’esprit du capitalisme (Nietzsche dirait la morale du capitalisme), on trouverait dans la strate historique la plus récente, l’éthique du protestantisme.
L’ouvrage dans lequel sa conception de la causalité est la plus sensible, c’est L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme. Les deux plus grandes erreurs communes de compréhension de cette œuvre sont, d’une part de croire qu’il s’agit du protestantisme et du capitalisme, et d’autre part, que la causalité énoncée par Weber est : l’éthique protestante a causé le capitalisme, ou son esprit.




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